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La dette de la France comparée à ses voisins

En 2025, la dette publique française pèse 115,6 % du PIB. L'Allemagne est à 63,5 %, l'Italie à 137,1 %, la Grèce à 146,1 %, la zone euro à 87,8 %. Les États-Unis étaient à 120,8 % en 2024. Voici ces 6 pays et la zone euro sur un même graphique depuis 1995, la méthode qui permet de les mettre côte à côte, et ce que ce classement ne dit pas.

7 courbes, une seule unité

Tout est en pourcentage du PIB, et c'est la seule unité qui permette la comparaison. Rapportée aux euros, l'Allemagne doit bien plus que la Grèce : elle produit aussi bien davantage. Le ratio répond à la seule question comparable d'un pays à l'autre, celle du poids de la dette par rapport à ce que le pays produit en un an.

Survolez la courbe, ou parcourez-la au clavier avec les flèches : chaque année donne le classement des 7 séries, du plus endetté au moins endetté. La courbe américaine s'arrête en 2024, dernière année observée par sa source.

Dette publique brute, toutes administrations, en % du PIB, 1995-2025
AnnéeFranceAllemagneItalieEspagneGrèceÉtats-UnisZone euro
199557,8 %54,9 %119,1 %61,6 %100,4 %71,7 %
199660,6 %57,7 %118,9 %65,4 %103,7 %73,4 %
199762,0 %58,8 %116,5 %64,3 %102,6 %72,9 %
199862,1 %59,4 %113,9 %62,4 %100,8 %72,6 %
199961,4 %60,3 %113,1 %60,9 %102,8 %71,6 %
200059,7 %59,2 %108,7 %57,8 %108,9 %69,2 %
200159,3 %58,1 %108,5 %54,1 %110,5 %53,3 %68,2 %
200261,3 %59,8 %105,9 %51,2 %107,9 %55,7 %68,1 %
200365,4 %63,3 %105,1 %47,7 %104,3 %58,8 %69,4 %
200466,9 %65,0 %104,7 %45,3 %105,5 %66,3 %69,7 %
200568,2 %67,1 %106,2 %42,4 %109,9 %65,6 %70,3 %
200665,4 %66,4 %106,3 %39,0 %105,3 %64,3 %68,3 %
200765,5 %63,7 %103,5 %35,7 %104,6 %64,7 %65,9 %
200869,8 %65,2 %105,8 %39,6 %110,9 %73,6 %69,6 %
200984,1 %72,4 %116,1 %53,1 %128,5 %86,8 %80,0 %
201086,3 %81,0 %118,8 %60,3 %147,8 %95,3 %85,4 %
201188,7 %78,5 %119,1 %69,5 %175,1 %99,7 %87,3 %
201291,7 %79,8 %125,9 %89,6 %164,1 %103,2 %90,8 %
201394,6 %77,5 %131,9 %100,0 %180,4 %104,5 %92,8 %
201496,2 %74,5 %134,8 %104,4 %182,7 %104,4 %92,9 %
201597,0 %71,2 %134,8 %102,5 %179,6 %104,9 %91,0 %
201698,1 %68,3 %134,2 %102,0 %183,1 %106,8 %89,9 %
201798,8 %64,0 %133,7 %101,2 %182,1 %105,7 %87,5 %
201898,5 %60,8 %134,2 %99,8 %189,0 %107,0 %85,5 %
201998,2 %58,7 %133,9 %97,7 %183,2 %108,2 %83,6 %
2020114,9 %68,0 %154,4 %119,3 %209,4 %132,0 %96,5 %
2021112,8 %67,9 %145,8 %115,7 %197,3 %124,7 %93,8 %
2022111,4 %64,4 %138,4 %109,3 %177,8 %118,8 %89,3 %
2023109,5 %62,3 %133,9 %105,2 %164,3 %119,0 %86,9 %
2024112,6 %62,2 %134,7 %101,6 %154,2 %120,8 %87,0 %
2025115,6 %63,5 %137,1 %100,7 %146,1 %87,8 %

France et Allemagne : 52,1 points d'écart

C'est la comparaison la plus demandée, et la plus spectaculaire. En 1995, les deux pays étaient au coude à coude : 57,8 % du PIB pour la France, 54,9 % pour l'Allemagne, soit moins de trois points d'écart. En 2025, l'écart atteint 52,1 points. Sur toute la période, l'Allemagne n'est repassée au-dessus de la France qu'une seule année, en 2006. L'écart a franchi les vingt points en 2014 et n'y est jamais redescendu depuis.

Deux mécanismes se sont additionnés. L'Allemagne a inscrit en 2009 dans sa Loi fondamentale une limite au déficit structurel fédéral, et a réduit sa dette pendant toute la décennie qui a suivi ; la France, elle, n'a pas voté de budget à l'équilibre depuis 1974. Puis les deux pays ont encaissé les mêmes chocs, celui de 2020 en particulier, mais à des niveaux de départ très différents : un choc identique laisse une trace identique en points de PIB, il ne réduit pas l'écart qui le précédait.

L'écart de dette se paie ensuite en intérêts, et c'est là qu'il devient concret : deux États qui empruntent au même moment ne le font pas au même taux. C'est le sujet de la page sur ce que coûtent les intérêts de la dette française.

France et Italie : un écart qui se referme

L'Italie reste plus endettée que la France, mais l'écart entre les deux se réduit : il était de 61,3 points en 1995, il est de 21,5 points en 2025. Le mouvement ne vient pas d'une France qui rattraperait un retard : les deux courbes montent, celle de la France simplement plus vite sur la période récente.

L'Italie porte un ratio élevé depuis les années 1990 sans avoir cessé de se financer. C'est le rappel le plus utile de cette page : un ratio n'est pas un seuil de rupture, c'est un rapport. Ce qui décide de la soutenabilité, c'est la capacité à refinancer la dette qui arrive à échéance, année après année. Le mécanisme est décrit dans la page sur les émissions de l'Agence France Trésor.

La Grèce, et ce que son cas n'annonce pas

La Grèce est le point haut de ce graphique, à 146,1 % du PIB. Sa courbe est aussi la seule à porter une chute franche, au milieu des années 2010 : une restructuration, c'est-à-dire un effacement d'une partie de la dette par accord avec les créanciers, doublée de plans d'ajustement.

Ce précédent est régulièrement invoqué à propos de la France. Il faut être précis sur ce qu'il montre et sur ce qu'il ne montre pas. Ce qu'il montre : un ratio très élevé peut redescendre, et pas seulement par la croissance. Ce qu'il ne montre pas : que le même enchaînement guette tout pays au-dessus de 100 %. La crise grecque a combiné un déficit très supérieur à ce qui était déclaré, une économie de taille modeste, une dette détenue en majorité hors du pays et un accès aux marchés interrompu. Ces conditions se lisent une par une, elles ne se déduisent pas d'un ratio.

Sur le dernier point, la France est dans une situation documentée : la répartition de ses créanciers est détaillée sur la page qui détient la dette de la France.

Les États-Unis : la comparaison la plus fragile, et pourquoi

Les États-Unis étaient à 120,8 % du PIB en 2024, donc au-dessus de la France. Cette ligne-là mérite une précaution que les cinq autres n'appellent pas : elle ne vient pas de la même source ni exactement du même concept.

Les pays européens de ce graphique sont mesurés par Eurostat, en dette au sens de Maastricht, la définition qu'utilise aussi le compteur de ce site. Les États-Unis ne sont pas dans cette base : ils viennent du FMI, qui publie une « dette brute des administrations publiques » proche mais pas identique.

Plutôt que d'affirmer que les deux se valent, l'écart a été mesuré. La France est le seul pays servi par les deux sources : sur les six dernières années disponibles, le FMI et Eurostat divergent de 0,19 point de PIB en moyenne, avec un maximum de 0,51 point. C'est l'ordre de grandeur de l'incertitude qu'il faut accorder à la ligne américaine, et c'est ce qui autorise à la tracer avec les autres.

Deuxième précaution, sur le périmètre : le chiffre américain, comme les européens, couvre l'ensemble des administrations, États fédérés et collectivités compris. Le chiffre le plus souvent cité outre-Atlantique, celui de la « dette fédérale », est plus étroit et ne se compare pas à celui-ci.

Ce qu'un classement ne dit pas

La France est le 4e pays le plus endetté des 6 comparés ici, et cette phrase est déjà trop courte pour être utile. Un rang de ratio ignore quatre choses qui décident du reste :

  • Le taux auquel chaque pays emprunte. Deux États au même ratio ne paient pas la même charge d'intérêts. C'est le taux, pas le stock, qui pèse sur le budget de l'année.
  • La maturité de la dette. Un pays dont les titres arrivent à échéance dans huit ans en moyenne ne subit pas une hausse des taux comme un pays qui doit se refinancer chaque année.
  • Qui détient les titres. Une dette détenue par des résidents et une dette détenue à l'étranger ne réagissent pas de la même façon à une perte de confiance.
  • Ce que le dénominateur fait. Le ratio baisse quand le PIB monte, sans qu'un euro n'ait été remboursé. C'est l'essentiel des reculs visibles sur ce graphique, et c'est expliqué en détail sur la page dette et PIB.

Un graphique comparé sert à situer, pas à classer. C'est aussi pour cela que cette page ne met en avant aucun seuil : le fameux critère des 60 % du PIB est un engagement européen, pas une limite physique, et aucun des 6 pays représentés ici n'est passé sous ce seuil depuis longtemps.

Méthode

Une seule mesure est affichée, le pourcentage du PIB, parce qu'elle est la seule comparable. Le concept retenu est la dette publique brute de l'ensemble des administrations, ce qui inclut partout l'État, la sécurité sociale et les collectivités.

  • France, Allemagne, Italie, Espagne, Grèce, zone euro · Eurostat, dette au sens de Maastricht, secteur S13, procédure de déficit excessif. C'est la même définition que le compteur de ce site : la valeur française affichée ici est celle de la série historique, au dixième de point près.
  • États-Unis · FMI, World Economic Outlook WEO:2025-04 (general government gross debt). Seules les années observées sont tracées : les projections que contient cette base sont écartées, une prévision n'étant pas un constat.

Aucune valeur de cette page n'est saisie à la main. Elles sont produites par un script depuis les deux sources, et le fichier obtenu est ce que reprennent la courbe, le tableau et le CSV. C'est aussi ce qui permet de garantir que les trois disent la même chose.

Sources

  • Eurostat · dette publique annuelle, procédure de déficit excessif, secteur S13, en pourcentage du PIB.
  • FMI · World Economic Outlook, dette brute des administrations publiques en pourcentage du PIB.

Les données de cette page sont librement réutilisables, le fichier CSV est fourni à cet effet.